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Sans programme dédié, les maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale ne sortent pas de terre
26 novembre 2025

À l’aube des 12 jours d’action contre la violence faite aux femmes et alors qu’au Québec plus d’une femme sur deux se voit refuser l'accès à un hébergement, le continuum de services est plus fragilisé que jamais. Construire une maison d’hébergement, relève toujours des douze travaux d’Astérix : un parcours semé d’obstacles administratifs, financiers et structurels qui n’a rien à voir avec la mission réelle : protéger les femmes et les enfants en danger. Seul un programme dédié peut permettre de construire, rénover ou relocaliser des maisons dont la nécessité et l’urgence ne sont plus à prouver.

Des embûches administratives et des exigences intenables

L’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étapes pour femmes et enfants victimes de violence conjugale (Alliance MH2), avec ses partenaires des réseaux des maisons d’aide et d’hébergement, multiplie les appels au gouvernement du Québec pour mettre fin à l’incohérence des programmes entourant le développement des maisons d’hébergement. Déjà en décembre 2023, nous sonnions l’alarme : 200 places supplémentaires étaient menacées en raison de normes administratives inadaptées, de délais excessifs et d’un financement pensé pour du logement social et non pour des lieux de protection destinés à des femmes et des enfants à haut risque d’homicide.

Ces dénonciations s’inscrivaient dans un contexte où le gouvernement avait pourtant pris des engagements forts : réduction des féminicides, renforcement du continuum de services, développement de nouvelles places en hébergement, et mise en œuvre de la stratégie intégrée pour contrer la violence conjugale et sexuelle.

Deux ans plus tard, force est de constater que ces engagements se heurtent encore à des structures administratives qui bloquent, ralentissent et fragilisent les projets essentiels.

L’incohérence des programmes de financement fédéraux et provinciaux, notamment ceux de la Société d’hypothèque et de logement (SCHL) et de la Société d’habitation du Québec (SHQ), pour la construction des maisons d’hébergement (exigences dédoublées, nouvelles obligations coûteuses, délais, charges administratives disproportionnées, processus incohérents entre paliers gouvernementaux), ne font qu’empirer le problème. Ils relèvent toutefois du même problème structurel que nous dénonçons depuis longtemps : les maisons d’hébergement ne sont pas du logement social, pourtant elles continuent d’être traitées comme tel.

Tant qu’aucun programme spécifique ne sera créé pour les maisons d’hébergement, les projets continueront d’être menacés par des règles qui ne correspondent pas à leur mission et malgré les efforts d’accommodement de la SHQ et de la SCHL, nous serons forcées de « bricoler » pour faire entrer des projets spécialisés dans les cadres pensés pour du logement social.

Un programme dédié réclamé

Plutôt que de chercher sans cesse des voies de passage pour répondre à des exigences qui ne correspondent pas aux besoins réels des femmes et des enfants victimes de violence conjugale (confidentialité, sécurité, espaces d’intervention, de vie communautaire, usure prématurée en raison du roulement, etc.), mettons en place un programme dédié, tant au fédéral qu’au provincial. C’est la seule façon de réellement répondre à la demande.

C’est pourquoi l’Alliance MH2, le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale et la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes réitèrent la nécessité de créer un programme dédié, tant pour la construction, la rénovation et la relocalisation des maisons d’hébergement, aligné sur leur mission réelle, et cohérent avec les engagements des deux paliers de gouvernement de lutter contre la violence envers les femmes. La collaboration entre les deux ordres de gouvernement et avec les ressources visées est essentielle afin d’assurer une adéquation et une harmonisation de leurs procédures et d’éviter tout dédoublement.

Le cumul des responsabilités en Habitation et en Condition féminine par la ministre Caroline Proulx, au Québec, ouvre une fenêtre d’opportunité unique afin de faire avancer de manière cohérente et ambitieuse ces enjeux. Le lancement de l’organisme Maisons Canada au fédéral, représente aussi pour le ministre Gregor Robertson, une occasion stratégique pour aller de l’avant. Nous sommes prêtes à collaborer et à nous mobiliser rapidement comme nous le nommons depuis 2023.

 

Annick Brazeau, présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale

Manon Monastesse, directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes

Suzie Levasseur, présidente de l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victime de violence conjugale

 

Pour toute question ou contribution aux démarches politiques :

Mélanie Miranda
Coordonnatrice Habitation habitation@alliancemh2.org

Ketleen Monrose
Coordonnatrice des dossiers politiques
coordopolitique@alliancemh2.org
Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale